17.Ébauche d’une nouvelle pièce

Titre de la pièce :

Il n’existe pas de géants de l’histoire

C’est ce titre que je donnerais à ma prochaine pièce si j’avais l’énergie et le temps (j’ai eu 80 ans en 2013) de l’écrire. Si vous croyez vous aussi qu’il n’y a pas de géants de l’histoire n’hésitez pas à entrer dans la course et même à utiliser mes notes ci-dessous. Pour un sujet aussi important que celui-ci ce qui compte n’est pas «qui» a écrit la pièce mais quelle pourrait être son influence sur nos contemporains et sur leurs descendants. À ce propos il ne me semble pas que je sois le meilleur choix possible pour écrire cette comédie puisque je n’ai pas de formation d’acteur de théâtre. Pour remplir toutes les conditions que je décris ci-dessous je pense qu’il serait utile que l’auteur ait beaucoup d’expérience des planches et peur-être même qu’il (ou elle) soit l’un des trois acteurs ou le régisseur.

C’est évidemment une tâche chimérique d’essayer de faire comprendre aux gens que l’Histoire qu’on nous apprend à l’école n’est qu’une immense déchetterie d’âneries qui (comme la poésie des Victor Hugo ou autres patriotes) sonnent bien mais en fait sont fausses. C’est parce que l’enseignement glorifie tant les conquérants occidentaux (Alexandre, Napoléon etc…), les «grands de ce monde» (qui font tuer des gens pour leurs propres illusions) et tous les illuminés philosophiques ou religieux, qu’il est si facile de forcer les gens sensés à «rester à leur place» et à se soumettre aveuglément. Notons aussi au passage que les conquérants non-occidentaux comme Attila et Gengis Khan sont au contraire considérés comme des monstres. Je trouve fascinant aussi combien il nous a été facile d’oublier que les invasions d’Attila et Gengis Khan n’étaient pas 100% différentes de ce qu’ont fait les USA avec les Indiens ou bien l’Australie (ma patrie de refuge) avec les Aborigènes.

Une tâche chimérique ne peut pas intéresser les théâtres mondains, subventionnés ou non, et il faut donc écrire une pièce pour le «théâtre pauvre». Cette pièce je la conçois comme :

1. Un texte simple utilisant le langage de tous les jours

2. Une scène dénudée : accessoires installés et enlevés par les acteurs

3. Trois acteurs seulement : un homme, une femme et un meneur de jeu

4. Un seul régisseur n’utilisant que la lumière et le son pour structurer la représentation. Si besoin le régisseur pourra aussi utiliser tous medias portables (ordinateurs, téléphones, télé, projection sur le fond de la scène, musique). Le régisseur disposera également de deux écrans (Télé ou projecteurs) au-dessus de la scène. Un pour les dates et l’autre pour les caricatures, animations ou dessins (par ex. La chaise percée de Louis XIV). L’un ou l’autre pour les illustrations soi-disant historiques.

 5. Si besoin le troisième acteur (le meneur de jeu, homme ou femme) pourra également être «l’acteur du parterre» engageant les spectateurs dans la pièce

6. Un grand nombre de patères entourant en fer à cheval le fond et les deux côtés de la scène

7. Sur chaque patère un vêtement, ou une coiffure, ou un symbol (par exemple la «barbe fleurie» de Charlemagne) représentant un personnage historique

8. Chaque vêtement/coiffure/symbol devant ridiculiser le plus possible le soi-disant «grand homme» ou «sainte femme» etc… , qu’il représente

9. Les trois acteurs et le régisseur devront s’efforcer d’amalgamer d’une part suffisamment d’effronterie pour choquer «les gens bien pensant» et d’autre part un rythme qui permette aux «gens ordinaires» de remettre en question le lavage de cerveau qu’ils ont subi à l’école.

10. Le but à atteindre sera, bien sûr, d’encourager les spectateurs à continuer à penser à ce qu’ils ont vu et entendu une fois dehors. N’est-ce pas cela le but du théâtre d’encourager à penser ?

C’est par accident que je finis avec dix prescriptions, comme les Dix Commandements, tant pis ! Ou peut-être «tant mieux!» puisque cela me rappelle que c’est probablement avec toutes les révélations ou autres oukases de toutes les religions, inventées pour empêcher les gens de PENSER, que les déboires humains ont commencé. Comment peut-il encore y avoir tant de gens qui continuent à croire que la connaissance et la remise en question de tout sont des méfaits ?

Mais où est «l’INTRIGUE» dans tout ça ? Elle manque comme vous voyez. Et autant vous avouer que j’ai abandonné parce que sans doute il m’aurait fallu beaucoup trop de temps pour mettre sur pied le développement que j’avais imaginé. Le voici au cas où vous le trouveriez utile. ACTE 1 : l’Histoire comme elle était enseignée quand j’étais à l’école (il est facile d’écrire une farce sur la façon dont l’Histoire servait à créer le chauvinisme, mais au moins nous respections la chronologie). ACTE 2 : l’Histoire à l’âge du film et de la télévision pourrait-elle être encore moins sérieuse maintenant que ces medias ont intensifié le culte des «grands» (et comme il est passé de mode d’apprendre les dates)?

L’Histoire n’est jamais que le récit révisé de l’idée que chaque génération se fait de son passé. Et pourtant, même si ce récit est encore faussépour quelque endoctrinement chauvin, l’Histoire demeure une partie importante de l’éducation pour au moins deux raisons.

D’abord l’Histoire nous incite à tout relativiser et ensuite ses vicissitudes nous encouragent à réfléchir.

Dans cette pièce (que je n’aurai eu ni le courage ni le temps d’écrire moi-même) il faudrait piocher au maximum les minerais les plus précieux de l’Histoire : le rire, le ridicule, l’absurde. À part l’évolution de notre cerveau c’est le rire qui nous met au sommet de l’évolution.

Pour reprendre l’expression d’Alfred de Vigny, dans cette pièce il faudrait que le rire soit «si triste et si profond» qu’il force les gens intelligents à réfléchir.

Et notre siècle ne manque certainement pas de matière à réflexion ! Ce que les puissances occidentales appelaient autrefois leur “Mission civilisatrice” (c’est-à-dire la colonisation du monde) est maintenant devenu le prosélytisme pour la démocratie. Plus ça change … ! Quel ridicule aussi de voir l’hégémonie mercantile des États-Unis comme une nouvelle Rome.

On m’accuse parfois d’antiaméricanisme mais je pense que cette accusation n’est justifiée que partiellement. J’aime visiter les États-Unis et je suis un lecteur assidu de “Scientific American” et de “The New-York Review of Books”, mais (même à New-York, que j’aime beaucoup!) je ne pourrais pas vivre en Amérique. Mon aversion pour la culture américaine et pour ses aspirations hégémoniques ressemble plutôt à ce que les intellectuels de la Grèce ancienne devaient penser de leurs maîtres romains.

La France, ma patrie de naissance, semble plus consciente que l’Australie (ma patrie de refuge) de l’injustice et de la dangerosité pour la paix mondiale de l’hégémonie mercantile des États-Unis. Par exemple De Gaulle avait eu le courage politique de quitter l’OTAN et, plus récemment, la France n’a pas participé à l’invasion de l’Iraq.

En revanche l’Australie, qui est une ancienne colonie anglaise, n’a toujours pas appris à se comporter comme un pays indépendant. Elle se laisse mener par le bout du nez par Washington. Quelle naïveté maintenant que le déclin de l’Amérique a commencé ! À Melbourne comme à Canberra et à droite comme à gauche, les Australiens se refusent à considérer la possibilité d’une neutrlité armée qui avait fait la richesse de la Suède et de la Suisse pendant les guerres fratricides de l’Europe des XIXième et XXième siècles. Quel dommage !

Pour moi une importante source de bouffonnerie pour cette pièce devrait être La Guerre, ce sujet si maladroitement traité par les enseignants de tous les niveaux. Autant le misérabilisme me parait vulgaire puisqu’il n’engendre que de la mièvrerie, autant la bouffonnerie sur la guerre, qui est elle aussi une «mâle gaieté si triste et si profonde» (pour citer Vigny sur Molière), devrait être au cœur de l’art dramatique puisque, après coup, elle favorise la réflection.

Ça commence comment une guerre ?
C’était la question posée un jour par la plus jeune des petites-filles, qui va encore à l’école primaire, à notre dîner de famille hebdomadaire. La conversation avait immédiatement explosé en une rafale de réponses contradictoires où chacun parlait sans attendre son tour. Heureusement j’en avais été évincé comme je n’y forçais pas suffisamment mes propres opinions. Cela m’a permis de réfléchir à l’inanité (ou devrais-je plutôt dire la stupidité criminelle?) de cette question, particulièrement quand on la pose à des élèves du primaire. Cela m’avait aussi rappelé que les choses n’ont guère changé depuis l’époque où, juste avant la deuxième guerre mondiale, j’étais dans une école primaire de la Ligne Maginot. La seule différence était que mon instituteur, au lieu de nous donner les réponses débiles de toutes les écoles du monde, s’efforçait de nous inculquer (probablement sous la pression de sa hiérarchie) la notion encore plus idiote que la Ligne Maginot allait arrêter Hitler.
Dans le monde scientifique s’il n’est pas possible de répondre scientifiquement à une question on l’écarte comme insoluble et on dit qu’elle a été mal posée. On ne peut pas le faire dans la vie ordinaire parce que, qu’elle soit débile ou non, la question demeure. D’un autre côté cette bizarrerie de la vie (que même les questions les plus débiles demeurent) est une ressource inépuisable de comédie surtout pour le théâtre.

Effectivement, et comme le démontre la tragique «guerre contre la terreur» (cette anachronique et absurde guerre de religion), c’est lorsque la race humaine sombre dans une folie collective que l’intervention de la plume est la plus utile.

À mon avis cette intervention de la plume devrait essayer d‘atteindre deux buts : (i) ramener le peuple au bon sens et (ii) dénoncer les récupérations politiciennes de son gouvernement.

 

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