20.Les lunettes de la double-nationalité

L’idée de cette page ne m’est venue que récemment au cours de conversations de table avec ma femme sur le problème (bien réel en ce moment) de l’immigration clandestine. J’aurais dû dire plutôt «après» ces conversations jamais conclusives puisque Marjorie considérait le point de vue humanitaire tandis que moi je l’ignorais. Assez dit sur ce problème qui me semble plus politique qu’humanitaire (voir mes citations de Boumedienne et de Kadhafi dans ce blog).

En revanche ces conversations m’ont aidé à me demander ce que c’est, très exactement, un «émigré qui est resté», comme moi. La question parait idiote, évidemment, puisqu’il n’existe pas deux cas identiques ! Mais, au cas par cas, il reste deux questions très intéressantes à poser : (i) quelle a été l’utilité de cet émigré pour son pays d’accueil ? et (ii) quelle a été, pour l’émigré, le résultat d’avoir eu deux patries (ou bien d’avoir changé de patrie dans le cas d’un réfugié politique) ?

Il ne m’appartient pas de répondre à la première question mais la seconde me fascine. Loin de me sentir tiraillé entre mes deux patries je les aime chacune pour des raisons différentes et je considère que le sort m’a favorisé en me faisant devenir un «émigré qui est resté» en Australie. Sans vouloir minimiser ni l’éducation que j’ai reçue en France ni l’aptitude à «apprendre» (ce fétiche de la civilisation française) dont m’avaient fait cadeau mes gènes français, ce qui m’a permis de mieux «comprendre» c’est de tout examiner avec les lunettes de la double-nationalité.

Dans la conversation ce dernier point ennuie parfois et j’ai souvent été traité d’indécis (voire même de pédant) quand j’essaie de me mettre dans la position de l’autre (c’est-à-dire de “l’ennemi” dans le cas de la désastreuse “guerre contre la terreur”). Peu m’importe puisqu’il n’y a que les imbéciles, et les moutons de Panurge de la politique, qui prennent position sans avoir cherché à comprendre.

COMPRENDRE est l’ultime qualité qui n’appartient qu’à l’être humain. Sans cette faculté de comprendre les enjeux et les situations qu’il rencontre l’être humain ne serait pas capable de faire des CHOIX libres et rationnels. Il retomberait au niveau de la nature où tout est déterminé par la position de l’animal dans la chaîne alimentaire.

Sans aller tout à fait jusqu’à vouloir nous rabaisser au niveau de la vie des animaux, les gens qui nous gouvernent (les «Messieurs qu’on nomme grands» de la chanson «Le déserteur») ont une incontestable aversion contre l’idée de donner trop de choix à leurs concitoyens, d’où leur recours aux manoeuvres politiques pour décourager les débats rationnels et pour barrer la route au vote populaire.

Quant aux gens qui s’enrichissent sur notre dos leur aversion contre le libre choix est encore plus intense que celle des politiques. Ils ont inventé la publicité et, dans les cas où elle ne suffit pas, ils ont recours à “l’illusion de choisir” (par exemple empaquetage, couleur, brillance) alors que le produit est le même.

Toute ENTRAVE à nos efforts pour comprendre est la première étape de l’exploitation de l’homme par l’homme puisque les individus qui obéissent aveuglément sont plus faciles soit à gouverner soit à berner. Autrefois cette exploitation se faisait par la force (esclavage, fait du prince, etc…), maintenant elle repose sur un bourrage de crâne (enseignement, publicité, contrôle des média, langage politiquement correct, etc…) qui nous donne l’illusion que «les affaires humaines» sont devenues plus civilisées et les «relations humaines» plus tolérantes.

La réalité du vingt et unième siècle est bien différente de cette illusion : l’esclavage existe encore par endroits, un petit nombre d’individus possède la moitié de la richesse de notre planète, l’hégémonisme américain se comporte comme le shérif du monde entier, le Président François Hollande s’imagine être le gendarme de l’Afrique, et la finance internationale se porte mieux que jamais après avoir inventé les actifs illiquides, probablement la plus gigantesque escroquerie de tous les temps. Quant aux Affaires Étrangères on n’ose presque plus en parler depuis que les Américains ont déclaré une «quasiguerre de religion» contre l’Islamisme comme s’ils désiraient rendre encore plus insoluble l’imbroglio du Moyen-Orient.

LA CONDITION HUMAINE: Comédie ou Tragédie ?

Soyons sérieux; je ne parle pas de Malraux, ce «fou» du roi Charles De Gaulle, mais plutôt de la peinture de René Magritte appelée, elle aussi, «la condition humaine». Les deux œuvres datent de 1933, l’année de ma naissance qui est aussi celle de l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Pour moi-même, dans sa réalité du quotidien, «la condition humaine» est une utile comédie et pas vraiment une tragédie puisque j’aime la vie et puisque je suis content d’être encore en vie à quatre-vingts-deux ans. Comme la peinture de Magritte «la condition humaine» est une énigme; mais pourquoi faut-il que la sottise  humaine s’acharne tant à lui fournir des solutions absolues, comme par exemple la religion, le chauvinisme, etc… ?

QUELQUES DONNÉES IMMUABLES ?

Presque tous les déboires de la race humaine proviennent du refus d’accepter quelques données de l’existence. Refus, par exemple, du fait que l’évolution ne se dirige pas vers un but.

Autre exemple, l’inévitabilité de la politique, cet art impossible qui sombre toujours dans un mélange de magouille et d’autoritarisme ! Au lieu de se battre sur le choix d’un système politique, pourquoi ne pas essayer de minimiser l’impact du système quelqu’il soit sur les gens ordinaires comme vous et moi ? Les Chinois (et peut-être les Russes aussi) semblent se diriger vers ce compromis alors que les Américains (et leurs serviles alliés) mettent la terre à feu et à sang pour exporter leur (si imparfaite) démocratie.

La mondialisation

Les deux moteurs du capitalisme sont l’invention et la propagation par la publicité de besoins dont l’utilité est de moins en moins évidente. La mondialisation est un effet secondaire de l’essor du capitalisme. Le côté positif de la mondialisation a été le progrès matériel d’une partie du Tiers-Monde, ses côtés négatifs restent à découvrir. L’avenir du monde s’annonce moins rose que ne le croient les fanatiques de la démocratie universelle.

 Démantèlement de l’hégémonie américaine

De la fin du quinzième au vingtième-et-unième siècle le colonialisme occidental a été un fléau pour le reste du monde. Pire encore dans notre doctrinaire vingtième-et-unième siècle, l’hégémonie américaine actuelle me semble être la plus sérieuse menace pour la paix du monde.

Quelles que puissent être les pensées pieuses derrière lesquelles elle se cache, l’hégémonie ne peut jamais être qu’un désastre puisqu’elle rend vain tout accord qu’on croit avoir négocié.

L’hégémonie américaine vient de replonger le monde dans une guerre de religion alors que tout individu sensé croyait ce genre de guerre un répugnant souvenir du passé.

Il me semble inconcevable que mes deux patries (France et Australie), que je croyais plus intelligentes, aient pu se laisser entraîner par leur «dangereux allié» américain dans le bourbier du Moyen-Orient.

Sans un équilibre des forces la paix ne peut jamais être ni véritable ni durable et tout ce que nous avons appris à l’école sur la «Pax romana», le «fardeau de l’homme blanc» ou toute autre illusion missionnaire n’est que mensonge.

Qui plus est, sans un équilibre (au moins relatif) des forces, tout conflit armé entre une nation hégémonique et une (ou des) nation(s) bien moins forte(s) dégénère inévitablement en barbarie.

Pire encore, plus la «barbarie» du plus faible est utilisée par la propagande du plus fort pour justifier ses propres crimes (utilisation des drones, dommages collatéraux), plus la situation se dégrade.

Comme je l’ai déjà dit dans ce blog il me paraît inévitable qu’au Moyen Orient les américains se feront, probablement bientôt, jeter à la mer d’une façon encore moins digne qu’au Vietnam en 1975.

Pourquoi les Australiens et les Français ont-ils été suffisamment bêtes pour avoir suivi les américains dans ce fiasco inévitable qu’ils appellent naïvement leur «guerre contre la terreur» ?

Bien sûr, en France comme en Australie, d’autres commentateurs ont déjà posé cette question mais il me semble qu’il faut maintenant aller encore plus loin.

Repensons au courage qu’il a fallu à la Suisse et à la Suède pour adopter leur neutralité armée dans le chaos des relations internationales du XIX ième siècle ! Pensons aussi à tout ce que ces deux pays ont apporté au monde, y-compris la Croix-Rouge et les conventions sur le traitement des prisonniers de guerre.

L’Australie, qui est géographiquement un pays d’Asie et culturellement un pays d’Europe, devrait aussi avoir le courage d’adopter la neutralité armée dans le chaos des Relations Internationales du XXI ième siècle !

La neutralité armée pour l’Australie ?

Qu’est-ce que c’est la «neutralité armée» ? Google.fr nous renvoie sur Wikipédia.fr; Wikipédia.fr ne donne pas de définition de la neutralité armée, et sa réponse est : «L’article « Neutralite armee » n’existe pas sur ce wiki !
Vous souhaitez le créer ? Vérifiez auparavant que le sujet n’a pas déjà été traité dans les résultats ci-dessous, puis assurez-vous qu’il est admissible dans l’encyclopédie. Pour créer « Neutralite armee », suivez le guide ! ». Non. Passons aux dictionnaire Larousse. Le Petit LAROUSSE Illustré de 2007 n’a pas jugé utile d’en donner la définition (ni à « neutralité » ni à « armé »). Donc, au lieu de perdre notre temps, passons aux deux cas, la Suisse et la Suède, où la «neutralité armée» a apporté et apporte encore la paix et la prospérité.

La « neutralité » de la Suisse a été déclarée en 1815 au Congrès de Vienne. Depuis deux-cents ans cette «neutralité armée» a dissuadé les autres pays d’Europe, y-compris l’Allemagne hitlérienne, d’envahir la Suisse. Les Américains, qui pensaient qu’en fait les Suisses avaient collaboré avec Hitler, ont songé (après la deuxième guerre mondiale) à traîner la Suisse devant un tribunal international mais ils ont abandonné cette idée. Ses deux siècles de paix ont apporté à la Suisse sa prospérité et une influence sur les relations internationales (Croix-rouge, Conventions de Genève, etc…) bien au-delà de sa taille (41.285 km2) et de sa population (environ 8 millions d’habitants). [Voir l’article de Wikipédia sur la Suisse].

La « neutralité » de la Suède a vu le jour plus lentement mais elle dure aussi depuis deux siècles. Elle a commencé en 1814 à la fin de la guerre avec la Norvège. C’est aussi une «neutralité armée» et les Suédois prennent leur Défense Nationale très au sérieux. Pendant la deuxième guerre mondiale ils ont toléré quelques petites violations par Hitler de leur neutralité et (probablement parce qu’ils ont aussi accepté de contribuer indirectement à la défense de la Finlande pendant la «guerre d’Hiver de 1939-40», et parce qu’ils ont aussi formé des unités norvégiennes et danoise en Suède après 1943) les Américains ne les ont pas tracassé après la deuxième guerre mondiale. Dans ce cas aussi les deux siècles de paix ont apporté à la Suède sa prospérité et une influence sur les relations internationales très au-delà de sa taille (449.964 km2) et de sa population (9.716.962 habitants, estimation officielle du 31/8/14). [Voir l’article de Wikipédia sur la Suède].

Avec les dernières données internationales, où la Chine est la première puissance économique du monde, il me semble que les Australiens instruits devraient réexaminer les conséquences d’une «neutralité armée pour l’Australie » au lieu de s’endormir dans l’illusion que, en cas de conflit ouvert, l’Australie serait protégée par le bouclier américain. Tout au contraire de ce rêve naïf (et comme cela est déjà arrivé à Singapour en 1942) notre «protecteur» nous abandonnerait. L’Amérique aurait, évidemment, d’autres priorités que de s’occuper de notre île si lointaine qui d’ailleurs fait partie de l’Asie comme le Premier Ministre Paul Keating avait tant essayé de nous l’expliquer pendant son ministère (1991-1996). Une fois que ce message si évident de Keating sera ancré dans le cerveau des électeurs australiens il devrait devenir moins difficile pour nos gouvernements (fédéral, et des états et territoires) d’organiser un changement bipartite de la Constitution Fédérale (en respectant sa procédure de référendum) de façon à y introduire la «neutralité armée» de l’Australie.

Cette action permettrait à l’Australie de se débarrasser de l’accusation d’ingérence d’un pays occidental dans les affaires de l’Asie.

 

En Australie comme dans beaucoup d‘autres pays deux problèmes ont été escamotés (intentionnellement?) par la classe politique.

Ces deux problèmes sont : (a) la nécessité très urgente d’encadrer la mondialisation et (b) le besoin encore plus urgent de démasquer le mensonge que c’est l’hégémonie actuelle des États-Unis qui protège le monde occidental contre l’extrémisme islamiste et/ou la Chine communiste.

Pourquoi cette urgence ? Tout simplement parce que les citoyens auxquels la classe politique a menti ont déjà commencé à se tourner vers les partis extrémistes soit de droite, soit de gauche.

Il est encore possible de ralentir cette radicalisation si les électeurs arrivent à forcer leur classe politique à dire la vérité.

Par exemple il est facile de démontrer que la mondialisation nest pas impossible à encadrer.

Si quelqu’un vous déclare qu‘il est impossible d’agir contre la mondialisation parce qu’elle est inévitable, vous pouvez lui répondre que la mort est encore plus inévitable et que, en dépit de cela, nous avons inventé la médecine pour améliorer et allonger notre vie.

De la même façon, si quelque politicien d’un parti majoritaire tente de vous faire croire que les États-Unis sont notre seule protection en cas de guerre mondiale vous pouvez lui répondre que la guerre mondiale peut aussi être évitée par l’équilibre des forces comme l’a montré la guerre froide pendant presque un demi-siècle.

Cette seconde démonstration est moins auto-évidente que la première, bien sûr, mais nous pouvons y ajouter que c’est le Président George W. Bush qui nous a entraîné dans l’actuelle guerre religieuse du Moyen-Orient. À quoi bon une soi-disant protection qui vous met dans un tel bourbier !

 

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